Du boulot avant tout

Floating Bricks - Die Welt der Steine 2018: Station Amsterdam Centraal« Floating Bricks – Die Welt der Steine 2018: Station Amsterdam Centraal » by kevin.hackert is licensed under CC BY-NC 2.0

Il ne faut pas se mentir, il y a de quoi faire avant d’arriver à destination. Comme on le dit bientôt chez nous aux Pays-Bas: « Met de hoed in de hand komt men door het ganse land ». En français dans le texte, « Chapeau à la main, on traverse tout le pays ». Pour ceux d’entre nous qui n’ont pas encore tout à fait saisi la mentalité néerlandaise, ça correspond à peu près à notre fameux «  On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre ».

Si les raisons qui nous poussent à souhaiter rejoindre la cohorte des territoires du Royaume des Pays-Bas peuvent facilement être trouvées, il faut nous montrer lucides, celles qui pourraient amener ce beau pays à vouloir de nous sont un peu plus délicates à trouver.

Bien évidemment, nous avons toujours un argument de poids, notre cher Vincent qui, dans un geste de désespoir fatal qui prit pour nous des allures de cadeau, nous fit le don de sa dépouille et d’une petite part de sa renommée à venir. Pour autant, il ne faut pas être naïfs et compter sur la seule présence de la tombe d’un concitoyen pour qu’un pays en vienne à vouloir annexer un territoire par ailleurs enclavé. Nous ne recommandons évidemment pas de tenter l’expérience, mais il y a fort à parier qu’un chantage à base de menace d’exhumation pour cause de concession mortuaire arrivée à échéance aurait peu de chance de nous aider à accélérer le processus de Rattachement…

S’il faut continuer à valoriser notre ville en tant que dernière étape de la vie de Van Gogh, il ne faudra pour autant pas trop en faire, le risque est trop grand de sombrer dans la caricature, telle que décrite par Beb-Deum dans son oeuvre OverGreen. Il ne faut surtout pas proposer au Royaume un village entier transformé en mausolée à ciel ouvert à la gloire de notre cher Vincent. À l’inverse de ce que l’on pourrait croire, il nous faudra peut-être nous détourner de celui qui, tout en restant au fondement de l’esprit auversois, pourrait devenir l’ogre qui nous engloutirait si nous n’y prenions garde.

Alors quoi faire, nous direz-vous? Tout simplement nous montrer tels que nous sommes, sous notre meilleur jour. Une ville dynamique, ouverte, au service de sa population, faite de citoyens investis et responsables. Ça, c’est vendeur. Si nous estimons tous que nous n’avons rien à prouver sur tous ces sujets, il ne faut pas oublier qu’il s’agit ici de faire la démonstration à ceux qui nous voient pour le moment comme des étrangers, que nous méritons de rejoindre leurs rangs. On pourrait s’arrêter en se disant que cela paraît bien difficile, mais ce serait aller à l’encontre de cet esprit auversois que notre cher Vincent a contribué à faire émerger.

Fiers, audacieux et tolérants, c’est ce que nous sommes. Il nous faudra le crier à la face du Monde et de Sa Majesté le Roi Willem-Alexander pour arriver à nos fins. Nous saurons le faire, parce qu’au-delà des mots, nous saurons imaginer les actions concrètes qui nous permettront de donner matière à nos ambitions et nos rêves. C’est comme ça que nous arriverons où nous le désirons.

Il nous faudra construire et innover dans des domaines aussi variés que l’urbanisme, l’éducation, l’environnement, en sachant nous adapter aux besoins des habitants d’Auvers, tout en gardant en tête des préoccupations plus globales concernant l’impact de nos actions. Il nous faudra également réfléchir à ce que nous souhaitons pour notre ville, qui, si elle devient une exclave néerlandaise, devra faire en sorte d’être capable de retenir une partie de sa population tout en sachant attirer ceux qui permettront son renouvellement et idéalement la poursuite de son expansion.

Ne nous le cachons pas, pour intégrer les Pays-Bas, il nous faudra en arriver au point où, après nous avoir rendu une seule visite, un néerlandais pourra se dire que oui, en y réfléchissant bien, il se verrait fort bien s’installer avec ses proches dans notre ville. Oui, c’est à ce point-là qu’il faudra arriver. Posez-vous la question: que vous faudrait-il pour en arriver à vous imaginer vous installant à plus de 393km de chez vous (en prenant par la A1), sur un territoire enclavé dans un pays qui n’est pas le vôtre? Oui, il est évident que des arguments solides, il faudrait vous en fournir un bon paquet. Ce sont ces arguments qu’il nous faut trouver et auxquels il nous faudra donner corps. Ensemble, nous saurons les trouver.

PRA