Parce que nous le valons bien

File:Traditionele nieuwjaarsduik in zee bij Zandvoort, Bestanddeelnr 931-8902.jpg« File:Traditionele nieuwjaarsduik in zee bij Zandvoort, Bestanddeelnr 931-8902.jpg » by Mr.Nostalgic is licensed under CC0 1.0

Le Royaume des Pays-Bas. Ailleurs. Un autre pays. Derrière un autre pays. Oui, c’est vrai, il existe une distance physique entre nous, Auversois, et nos futurs compatriotes néerlandais (393 km précisément, en prenant par la A1). Rendez-vous compte, nous avons vécu séparés suffisamment longtemps éloignés les uns des autres pour ne plus être capables de comprendre nos langues respectives. Alors, vous demanderez-vous, comment pourrions-nous être réunis alors que tant de choses semblent nous séparer? Il y a de quoi s’interroger. Et pourtant…

L’une des qualités qu’on attribue le plus souvent aux néerlandais, c’est leur pragmatisme (ou zakelijkheid, comme ils disent). Ce dernier se double d’un rationalisme lui aussi particulièrement prévalent en matière de prise de décision. On attribue d’ailleurs à cette façon de fonctionner une bonne part de la contribution hollandaise au succès de la construction européenne. Réfléchir pour trouver le meilleur compromis. Pragmatisme et rationalisme. Ça ne vous rappelle rien? Par rapport à ce que vous êtes en train de lire? Vous y êtes? Oui, en effet, en y regardant de suffisamment près, notre souhait de demander le rattachement d’Auvers-sur-Oise aux Pays-Bas est le fruit d’une longue réflexion. Il se veut tout ce qu’il y a de plus rationnel, et relève d’une bonne dose de pragmatisme.

Prenons quelques informations brutes. L’Indice de Développement Humain est meilleur là-bas qu’ici, le taux de chômage était de 3,5% en septembre 2019 (contre 8,4% en France), le salaire moyen y est environ 20% supérieur à ce qu’il peut être chez nous, le taux de criminalité en fait l’un des pays les plus sûrs qui soient, le système de santé y reste l’un des plus performants et égalitaires au monde, etc.. Vous l’aurez compris, en étant strictement objectif, tout indique que s’il fallait choisir un nouveau pays, celui-là serait un sacré candidat. Et cela pour n’importe qui (à part peut-être pour les Norvégiens ou les Singapouriens, mais ces gens-là ont décidé que la Terre entière n’était pas assez bien pour eux).

Fort heureusement, notre décision de porter un projet aussi ambitieux que le Rattachement n’est pas uniquement le fruit d’une froide révision de données chiffrées. L’émotion a également sa part dans ce qui nous meut, c’est même ce qui le légitime. Dans un précédent article, nous l’avons évoqué, la graine qui a fait pousser l’arbre de notre volonté, c’est le corps mis en terre ici à Auvers de notre cher Vincent. Il nous doit ses plus belles toiles, nous lui devons l’esprit auversois, fait de fierté, d’audace et de tolérance.

Come here« Come here » by fabi42 is licensed under CC BY-NC-SA 2.0

Tiens, en voilà une autre, de remarquable qualité que nous partageons avec nos frères néerlandais: la tolérance. La notion de liberté est là-bas résolument fondamentale. Et pour que cela fonctionne, il faut d’abord la tolérance. Nous allons ici citer Brassens, qui aurait sûrement détesté ça, mais qui a formulé cela de sublime façon au cours d’un entretien avec Jacques Chancel (Radioscopie, enregistré le 30 novembre 1971)
Brassens : « Le mot tolérance, je le connaîtrais mieux que celui de liberté bien sûr. »
Chancel : « Il est plus vrai? »
Brassens : « Je ne sais pas s’il est plus vrai, mais enfin il est plus mien. J’ai plus le sens de la tolérance que de la liberté. Parce que la liberté c’est quand même beaucoup plus vaste, hein. La tolérance, du reste, si tous les êtres avaient un esprit de tolérance, la liberté irait de soi. »

Ces mots parlent à l’Auversois, car l’Auversois a cet esprit de tolérance qu’évoque l’ami Georges. Il se susurre d’ailleurs dans les milieux bien informés que la célébrissime « Chanson pour L’Auvergnat » s’intitulait initialement « Chanson pour L’Auversois«  et ne doit son nom qu’au fait que la maîtresse d’alors du producteur Jacques Canetti avait vu le jour dans le Cantal et avait beaucoup insisté pour qu’on rende hommage à sa région d’origine. « Mais cela ne nous regarde pas », comme dirait l’autre, et pour en revenir au sujet, tout au long de l’Histoire, l’Auversois a su invariablement ouvrir ses portes à ceux venus d’ailleurs, tels Vincent, Daubigny et les autres. Aujourd’hui encore, cette tradition d’ouverture est perpétuée et assure le dynamisme démographique de la ville, là où tant d’autres se meurent faute de savoir accueillir.

C’est ce qu’il faut bien comprendre. Le Rattachement d’Auvers-sur-Oise au Royaume des Pays-Bas ne constituerait pas une sécession d’avec la République Française, un genre de départ en claquant la porte. Non, il est pensé pour nous comme une transition en douceur vers un destin partagé avec une communauté dont nous nous sentons plus proches et dont le mode de vie, pour tout un tas de bonnes raisons, nous paraît plus intéressant. Mais sans qu’il soit jamais question de fermeture de porte ou de repli sur soi (ce qui serait d’ailleurs probablement une mauvaise idée pour une enclave territoriale telle que la nôtre, soit dit en passant).

Parce que l’avenir est incertain, parce qu’il nous faut faire les bons choix pour les générations futures, nous sommes parvenus à cette conclusion: si un destin glorieux nous attend, nul doute qu’il passera par des décisions aussi radicales que salvatrices, à l’exemple de ce Rattachement que nous prônons.

PRA